05/01/2012

Les difficultés psychologiques, un enjeu de santé mental pour la jeunesse

Les enfants, adolescents et jeunes adultes, la jeunesse en général, fait l'objet de beaucoup de vigilance et de précautions. Elle bénéficie depuis longtemps de la protection des politiques publiques, depuis la Protection maternelle et infantile (PMI), jusqu'au « BAPU » (Bureau d'aide psychologique universitaire) en passant par les soins de ville, la médecine scolaire et l'ensemble des dispositifs sanitaires et médico-sociaux.

Parmi ces jeunes, certains ont des comportements qui contreviennent aux usages. Il serait excessif de réprimer ou de médicaliser systématiquement toutes les singularisations. Par ailleurs, une trop grande adaptabilité ou une soumission permanente, peuvent aussi masquer d'autres types de troubles. Ces difficultés ont souvent des conséquences néfastes sur l'environnement familial et social, elles peuvent aussi générer des perturbations dans diverses formes d'organisations sociales.


Des confusions persistent quant à la nature des difficultés psychologiques et quant à leur origine, si bien que les erreurs d'orientation subsistent et que les risques de stigmatisation des personnes et de leurs parents demeurent. Les évolutions de la jeunesse, de l'éducation, de la société rendent difficile la distinction entre : des usages locaux, des mœurs de groupe, des phénomènes de mode, des problèmes sociaux ou d'éducation, et des manifestations plus pathologiques identifiables en terme de troubles psychiques.

Lorsque leurs difficultés psychologiques sont reconnues comme un processus handicapant dans lequel des jeunes sont engagés, ceci constitue un gage de l'attention dont ils doivent faire l'objet et de l'accompagnement dont ils peuvent bénéficier dans le secteur médico-social, notamment par le dispositif ITEP, Institut Thérapeutique Educatif et Pédagogique.

 

Cette partie de la jeunesse mérite davantage de travaux de recherche et de recherche-action, notamment pour ceux dont les manifestations troublantes sont les symptômes d'un processus handicapant qu'il convient de compenser. Quatre étapes paraissent utiles à cet égard :

  • Des outils pertinents pour une réelle évaluation des difficultés psychologiques
  • Une meilleure approche épidémiologique
  • Des études appropriées concernant leur impact sur l'environnement et leur relations à celui-ci
  • Une évolution des ITEP comme dispositif institutionnel

     

    Des outils permettant une évaluation améliorée

    Les enfants adolescents et jeunes adultes inscrits dans un processus handicapant, connaissent des restrictions, au plan de leur participation sociale, de leur difficultés de relation, de leur accès limité aux apprentissages, de leur souffrance psychique, dont ils sont les premières victimes.

    Nous avons besoin d'outils d'évaluation des difficultés psychologiques et il nous faut mieux reconnaître et faire reconnaître ces difficultés. La CFTMEA[1] (dite classification de « Misès »), nous invite à distinguer les catégories cliniques de façon rigoureuse, d'autres outils restent à élaborer pour une évaluation pertinente en terme de compensation et d'accessibilité. Ils permettraient de mieux évaluer les besoins, sans enfermer les personnes dans des catégories, qui risquent de fixer ces troubles, de stigmatiser des enfants, des adolescents, des jeunes adultes ainsi que leurs familles.

     

    Une approche épidémiologique

    Une meilleure définition des difficultés psychologiques permettrait d'étudier leur prévalence dans la population en fonction des classes d'âge. Elle faciliterait la reconnaissance des facteurs aggravants et des éléments favorables. Elle rendrait possible des observations en terme d'évolution de ces troubles, une objectivation de leur caractère potentiellement réversible, de leur éventuelle transformation sur des modes déficitaires, psychopathologiques ou sous d'autres formes.

    Les données actuelles sont recueillies sur des durées trop longues (DREES...), elles sont souvent établies à partir des types de structures d'accueil ou de secteurs d'intervention et non par typologie de handicap, de processus handicapant ou de troubles psychiques des personnes. Il conviendrait d'élaborer une méthodologie plus adaptée offrant d'autres axes de lisibilité concernant les difficultés psychologiques de cette population.

     

    Des études concernant l'impact de ces difficultés sur l'environnement familial et social

    Le lieu qui signale prioritairement ces difficultés psychologiques est souvent l'institution scolaire, mais la première institution qui en perçoit les manifestations est, le plus souvent, la famille. La difficulté d'intégration des règles et des normes sociales, dès le plus jeune âge comme à l'adolescence, est une première manifestation subie dans leur environnement par l'enfant et ses parents.

    Il convient de prendre en compte l'impact de ces difficultés psychologiques, sur l'ensemble des organisations sociales qu'ils tendent à faire dysfonctionner par absence d'intégration des limites communément admises. Ces attitudes et les réponses, parfois inadaptées, qui y sont apportées, ont un impact sur la bonne marche de la société qu'il convient de mesurer, à l'échelle : de la famille, des proches, du quartier, de l'école, de la voie publique... Elles permettraient de mieux mesurer combien des réponses adéquates sont un investissement approprié et d'intérêt général.

     

    Les ITEP sont des dispositifs institutionnels pertinents

    Il faut continuer à permettre l'évolution des ITEP (Instituts Thérapeutique Educatif et Pédagogique) afin qu'ils puissent mettent en œuvre, dans leur cadre institutionnel, un dispositif interdisciplinaire à visée soignante d'ensemble, permettant l'accès de ces enfants adolescents et jeunes adultes, à un travail d'élaboration psychique les conduisant à davantage de bien être personnel, à une meilleure participation sociale, permettant aussi un accès aux apprentissages scolaires et professionnels. Il faut privilégier la notion de parcours des personnes, plutôt que les notions organisationnelles déclinées de façon trop rigides en établissements et services distincts, et préférer une orientation générale sur un dispositif ITEP, plutôt qu'une orientation ciblée sur un mode unique d'accompagnement.

    Il faut aussi prendre en compte les besoins de l'ensemble des jeunes, en terme de troubles psychiques et de difficulté psychologiques, dans le cadre d'un plan de santé mentale pour la jeunesse afin de mieux comprendre : les différents ages de rupture, le nombre et les effets des traitements par médicaments, la question de l'agressivité et de la violence, les problèmes de dépendance, les refus scolaires...  Il faut avoir une préoccupation dynamique des enjeux, ces ages charnières permettent de prévenir, chez les adultes, des troubles plus nombreux et plus graves, ainsi que d'en limiter les conséquences.



    [1] Classification Française des Troubles Mentaux de l'Enfant et de l'Adolescent

     

    Contribution de l'Association nationale des ITEP et de leurs réseaux (AIRe)

     

     

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